Parce que je me trouve dans une phase de saturation, je ne vous rappellerai pas que les DVD et Blu-Ray du “Discours d’un Roi” sont sortis depuis le 7 juin en France.

Parce que j’en ai ras-le-bol de lire et relire sur ce film dans la quasi totalité des publications qui évoquent le bégaiement, je ne vous conseillerai pas de le voir et le revoir sans relâche comme certains le préconisent. Oui je suis un rabat-joie qui s’assume, qui ne pense pas qu’un film puisse faire changer autant qu’on le dit ou qu’on le souhaite (de tout mon cœur), le regard sur une cause. Une fiction reste une fiction, même si elle peut aider à comprendre des réalités.

Les soirées-débats, l’instrumentalisation de l’œuvre à outrance… Il y a des moments où ça déborde !

Je ne vous dirai pas non plus que Colin Firth a été anobli par la fille du roi qu’il a incarné dans ce film, tout comme le chanteur Bryan Ferry, qui n’a rien à voir dans notre affaire.

Pas plus que je ne reviendrai sur le magnifique message vidéo qu’il a adressé à l’American Institute for Stuttering pour son gala annuel, dans lequel il a avoué qu’il avait beaucoup d’admiration pour les personnes qui bégaient…

Non… Du moins pour l’instant. Ne jamais dire jamais.

En revanche, je vous ferai bien remarquer que parmi les bonus du DVD, figure un petit documentaire intitulé “La parole retrouvée”, à l’initiative de l’Association Parole Bégaiement, dans lequel ENFIN, des thérapeutes de cette associations considèrent officiellement un peu plus les faits scientifiques avérés depuis 10 ans, au détriment d’approximations et d’hypothèses.

Oui, le bégaiement est un trouble neurologique, c’est le Phoniatre François le Huche qui vous le dit, sa pyramide à la main, ne pouvant s’empêcher d’employer des termes incompréhensibles, ni d’égratigner un peu les personnes qui bégaient, en les responsabilisant sur leur état, pour justifier des composantes de la rééducation orthophonique ! Une récurrence toujours un peu désagréable mais peu importe… Il semble avoir consulté des neurologues qui éprouvent quelques réticences envers les faits scientifiques sous le simple prétexte que si on ne bégaie pas tout le temps, il n’y a aucune raison qu’il s’agisse d’un trouble neurologique. Un tel raisonnement me parait assez erroné à partir de l’exemple du syndrome Gilles de la Tourette, maladie du ressort des neurologues, lesquels n’oseraient pas affirmer que Tourette est psychologique parce que la personne atteinte ne tique pas 24/24 h !

Donc oui, le bégaiement est un trouble neurologique. L’orthophoniste française Anne-Marie Simon l’a fait comprendre et a aussi évoqué la génétique. Ce n’est pas seulement de ce fait qu’elle a probablement délivré dans “La parole retrouvée” l’une de ses meilleures interventions audio-visuelles, peut être même la meilleure à mon gout !

Enfin les témoignages de Marie-Noëlle et d’Alain, qui bégaient même s’ils n’en montrent rien ou pas grand chose, font preuve de pertinence, parlent du film, reviennent sur leur parcours, qui est passé par l’orthophonie spécialisée, les self-help (normal avec Alain qui officie beaucoup pour leurs expansions) et bien sûr l’Association Parole Bégaiement.

Des messages primordiaux passent tels la prise en charge précoce, le rôle des parents dans la rééducation de l’enfant, l’importance de consulter un orthophoniste spécialisé, mais là, on ne dit pas comment on les trouve, ces spécialistes. Dommage ! C’est peut être le seul défaut de fond.

J’ose affirmer que dans ce documentaire fort bien conçu, l’Association Parole Bégaiement a donc fait un pas salutaire dans le 21e siècle, en ayant su saisir une formidable opportunité, et en se mettant davantage au diapason des résultats scientifiques. Il leur reste, je le pense, à privilégier l’interactivité et l’échange d’informations pour que chacun, adhérent ou non, mesure le concret de ses actions, de son impact.