Contrairement à ce que les propos de Lorant Deutsch et son imitation un peu « limite » du bégaiement sur Europe 1 le laissaient penser, le trouble n’occupe pratiquement pas de place, ni vraiment d’importance dans le film. Tout juste est-il évoqué à une ou deux reprises, mais il est interprété de manière réaliste par l’acteur. Peut être parce que justement son personnage bégaie très peu…

Le film ne se place ni dans le registre discutable de “Un poisson nommé Wanda”, ni évidemment dans celui valorisant et prépondérant du “Discours d’un Roi”.

En fait, le bégaiement est suggéré comme une tare parmi d’autres dont parait affublé Martin, uniquement selon les critères et dires de son père.

Martin représente le portrait type de l’enfant étouffé, persécuté, accablé, dévalorisé par son père depuis la naissance, qui peine à s’affirmer dans un tragique milieu familial de la bourgeoisie vigneronne du sud-ouest de la France. Martin est le fils indigne de son père pour lui succéder à la tête de l’entreprise.

L’œuvre distille des clichés environnementaux qu’on aime historiquement associer au bégaiement, ce qui n’aidera évidemment pas le grand public à sortir le trouble d’un contexte purement psychogène.

En revanche, on évite la redoutable caricature du looser qui bégaie. Martin est heureux en amour. Sans la tyrannie paternelle, il le serait probablement autant dans son travail au vignoble familial.

Le cynisme envahissant du père se trouve de manière flagrante à l’origine de la personnalité de son fils. Hélas il peut être trop facile de penser qu’il se trouve aussi à l’origine de son bégaiement, qu’il surmonte très bien.

En conclusion, “Tu seras mon fils” est un film dramatique qu’on ne citera pas d’emblée pour parler de bégaiement au cinéma, tant il n’en représente qu’un infime détail. C’est peut être dommage car le rôle de Martin compte parmi ceux qui renvoient une image positive, et aussi parce que les acteurs se montrent tous très convaincants !